Quand maman parle, c’est pour dire qu’elle a « mal mal mal » ou bien des choses blessantes, alors moi, je plie ma langue sur elle-même, pour la garder bien au fond de ma bouche. Le grand grand frère, lui, il parle, mais seulement avec des silences. Des silences courts, des silences longs, pas un son. Heureusement il y a Nati. Nati est mon soleil, je ne serai rien sans Nati. Nati, qui n’a pour lui que quelques mots, qui peut passer sa journée à faire tourner les roues de ses petites voitures. Nati, qui a des enjoliveurs dans les yeux. 

Avec une grande économie de mots, chacun choisi avec justesse et délicatesse, Alix Derasle nous dresse le portrait d’une famille fêlée, au bord de l’implosion. Chacun, de son côté, marche sur le bord d’un précipice, portant sa propre blessure. Ensemble mais toujours seuls. 

Un texte fulgurant en vers libres qui se lit d’une traite, ou chaque espace, trait, blanc, retour à la ligne, sont aussi lourds de sens que les mots. C’est l’indicible qui se profile au fil des pages, comme la brûlure d’une bobine de film, qui doucement s’élargit, grignote l’image, effrite le réel. 

Ce livre est fragile. Il est en verre, et vous l’avez entre les doigts : ne le lâchez surtout pas.